Reste à charge nul en audioprothèse : éviter le moins-disant pour les patients

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Reste à charge nul en audioprothèse : éviter le moins-disant pour les patients

Les audioprothésistes n’ont cessé, depuis la campagne présidentielle (les Echos 04/2017) de soutenir la promesse du RAC 0 qui est souhaitable et tenable :

  • améliorer l’accessibilité par une offre RAC 0 avec un panier de soin de qualité et évolutif ;
  • atteindre un taux de recours de 45% de malentendants appareillés (il est de 38% en 2018).

Mais attention à ne pas casser ce qui fonctionne : malgré un reste à charge élevé le modèle français actuel est performant avec :

  • un taux d’équipement de 38 %, en hausse de plus de 1 point par an depuis 15 ans ;
  • le meilleur taux de satisfaction (84%) pour des prix dans la moyenne basse européenne ;
  • une vraie efficacité pour la santé (prévention du déclin cognitif) parce que les appareils sont portés (meilleur taux d’observance en Europe).

Faute de vouloir mettre les moyens nécessaires pour tenir la promesse, l’administration est en train d’accumuler des mesures disproportionnées, préjudiciables pour les professionnels, et emportant pour les patients des conséquences dramatiques en termes d’accessibilité et de qualité des soins.

En plus du RAC 0 pour lequel la profession est déjà prête à fournir un effort très important sont en effet prévus :

  • un système de découplage du suivi, qui n’existe dans aucun autre pays et qui aurait un impact direct sur la qualité du suivi et ferait ainsi baisser l’observance ;

  • un modèle inutilement étatisé et rigide (prix encadrés, interdiction de renouvellement avant 5 ans) qui empêchera les patients d’accéder aux innovations.

Cette accumulation de contraintes conduira immanquable-ment à un double appauvrissement de l’offre de soins via :

  • La dégradation de la prise en charge des patients âgés, aux conséquences médicales directes (déclin cognitif, dépendance, démence) puisque impactant la satisfaction du patient et la qualité du suivi, toutes deux essentielles à l’observance dans le cas de pathologies chroniques.

  • L’apparition de déserts médicaux dans un métier qui en était préservé jusqu’à présent avec la disparition de très nombreux centres d’audition. « L’équilibre économi-que du secteur n’est plus assuré et le taux de défaillance des centres d’audition ne peut être modélisé car le secteur n’est plus viable » (Source : Xerfi via Greffes des Tribunaux de Commerce – 2018). De tels déserts médicaux en audio-prothèse seraient paradoxalement contre-productifs puis-qu’ils réduiraient mécaniquement l’accès à l’appareillage, au détriment du taux d’équipement et contre l’intention même de la réforme.

Justifier cette accumulation de mesures par des raisons financières est aberrant puisqu’ 1 € investi dans l’appa-reillage auditif = 10 € économisés sur les soins liés à la dé-pendance (cf travaux de L. Hartmann).
Ce que l’administration considère comme les modalités nécessaires de la réforme est ainsi ce qui précipitera son échec et entraînera un échec sanitaire et économique.
La profession reste favorable à une amélioration de l’accessibilité au soin par le RAC 0, et persuadée que les objectifs fixés par le Président de la République et la ministre sont atteignables. Elle se tient prête à jouer son rôle dans la réforme, mais elle met en garde contre une étatisation qui s’avèrera contre-productive pour atteindre ces objectifs.

Guillaume Flahault,
Président du SYNEA

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