La décision de s’appareiller et les freins à l’appareillage.

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La décision de s’appareiller et les freins à l’appareillage.

freins de l'appareillage

Ce n’est qu’après une prescription médicale que les patients peuvent se rendre chez un audioprothésiste. D’autre part, entre le temps de diagnostic et le moment ou le patient s’équipe. Il s’écoule souvent un long délai.

L’appareillage apparaît souvent tardivement

Les français s’équipent bien souvent très tard comme le montre le sondage d’opinion way.
– 58 % des individus concernés indiquent qu’ils préfèrent attendre pour s’équiper que leur gêne auditive soit vraiment importante.
– 90 % des répondants estiment que les Français attendent le dernier moment pour s’appareiller.
Les sondés envisagent de s’équiper à 72 ans, ce qui correspond à l’âge actuel d’équipement (71 ans)
L’étude montre également que les sondés attendent d’atteindre un niveau de surdité élevé pour se faire appareiller.

Ce délai d’appareillage a deux causes principales : le coût de l’appareillage, en raison de l’importance du reste à charge du patient et l’obstacle psychologique d’être appareillé.

– Bien que les sondages montrent que le prix est un frein, les études économiques indiquent qu’il n’est pas la première cause qui retarde l’équipement. Les travaux de Henry Ford Hospital montrent qu’une baisse du prix des appareils auditifs ne favoriserait pas un équipement plus précoce.
En Belgique, une étude affirme également que le prix n’est pas une barrière au port d’aide auditive « Du côté de la demande, il importe de comprendre que la demande est relativement inélastique au prix, car les appareils auditifs sont perçus comme des biens de nécessité et que les patients sont mal placés pour apprécier la relation entre les différentiels de prix et les différentiels d’efficacité .”

Selon Eurotrack 2015, la proportion des patients qui ont une prescription et qui s’équipent finalement d’appareils auditifs est sensiblement la même entre la France, le Royaume uni et la Norvège alors que le reste à charge en France est nettement plus élevé.
D’ailleurs, les Français eux-mêmes expriment le refus de s’appareiller dû à des obstacles psychologiques.
Ces derniers expriment un déni de surdité bien connu par les professionnels de la santé. Il est dû au fait que la surdité est insidieuse, et c’est bien souvent l’entourage qui est jugé responsable par le bruit ambiant, la mauvaise articulation…

Psychanalyste et maître de conférence à l’université d’Angers, Alix Bernard évoque ainsi : « ce que peut être le déni de la surdité, lorsque l’environnement valorise essentiellement la norme et la capacité de l’enfant à s’en approcher ». « Une telle valorisation, poursuit-il, est explicitement recommandée par la loi d’orientation du 30 juin 1975, en faveur des personnes handicapées. Cette loi privilégie en effet une éducation ordinaire qui s’oppose à une éducation spéciale, préconisée « à défaut ». La première permettrait à l’enfant de « faire accepter sa différence » alors que la seconde, « ségrégative », « risque [rait] de renforcer […] le sentiment de différence qu’elle prétend effacer ». Dans cette logique, la différence doit être acceptée par les autres, mais se sentir différent est présenté comme ségrégatif. Pourtant se sentir différent est un fait et il importe de pouvoir se sentir sourd quand on l’est. Si les parents intériorisent de manière rigide l’idéal proposé par ce texte, le risque est important qu’ils ne puissent accueillir ce qui, chez leur enfant, diffère de ce modèle. »
Ce déni systématique est un phénomène qui se retrouve également chez les adultes. Un sondage réalisé par TNS Soffres pour le SYNEA en 2015 montre que les troubles auditifs sont assimilés à la vieillesse. En effet, pour les 15-34 ans la vieillesse s’exprime surtout par la surdité. Les plus de 65 ans ont pour caractéristique les problèmes d’ouïe de vue et de mémoire. De même, le sondage d’opinionway explique que 31 % des cas de retard d’équipement proviendraient d’une perte auditive jugée trop légère. Ce déni s’explique aussi par la perception culturelle de la vieillesse (40 % des sondés estiment que porter une aide auditive “fait vieux”). Par ailleurs, comme le soulignait le sociologue Michel Billé pour l’étude du SYNEA : “quand il s’agit d’un appareil auditif, souvent discret, voire même quasiment invisible, tout devient difficile parce que la prothèse fait l’objet d’une représentation négative, c’est un attribut identitaire négatif taxé de ringardise alors que les écouteurs du smartphone font chic, branché, connecté et à la mode ». Et cela, car “nous vivons un déni de vieillesse” dans une société qui regarde la vieillesse comme un poids.

Malgré tout, on peut opposer cette analyse des représentations françaises à celle des États-Unis ou Bill Clinton ne chercher pas à dissimuler son appareillage dès 50 ans.
Aujourd’hui, on pourrait regretter donc clairement affirmer un manque de communication en provenance des pouvoirs publics pour expliquer que l’appareillage ne fait pas le vieux et que les risques d’isolation et de perte d’autonomie sont quant à eux bien réels en présence d’un déficit auditif.

Conclusion :

Une fois le diagnostic effectué, plusieurs années s’écoulent avant le premier équipement. Alors que le coût des aides n’est pas jugé comme un frein et une baisse des coûts des appareils auditifs n’améliorerait pas la précocité de l’appareillage. D’autre part, le blocage psychologique demeure, car le port de prothèse auditive reste associé à l’âge.

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